Essais Premières impressions

Premières impressions de la BMW M850i xDrive cabriolet 2019

De la performance à ciel ouvert

De la performance à ciel ouvert

Nommer un sentiment n’est pas toujours facile, même pour un rédacteur. J’ai enfin trouvé, après plusieurs années, le mot résumant pourquoi une excellente voiture pour conducteur procure un sentiment agréable, et j’ai nommé : la confiance. Au volant d’une voiture de grande qualité, vous êtes en confiance de conduire aussi rapidement que votre humeur le souhaite, n’importe où et dans n’importe quelles conditions. Le comportement de la voiture sera toujours propice au contrôle, et vous le savez.

J’ai conduit la BMW Série 8 trois fois. La première, l’an dernier alors qu’elle n’était encore qu’un prototype, ensuite il y a quelques semaines en voiture de série lors d’un trajet et de quelques tours de piste à notre épreuve du huit. La dernière fois où j’ai conduit la nouvelle M850i cabriolet, c’était dans le sud du Portugal sur des routes qui m’étaient inconnues et dont les voies étaient à peine assez larges pour la voiture. Des routes étroites, une absence généralisée de glissière de sécurité – à l’exception des zones les plus dangereuses – le décalage horaire, les 523 chevaux de la voiture, rien de tout cela ne m’a perturbé. Certains diront que j’aurais dû commencer en douceur, apprendre à connaître la voiture, mais cette pensée ne m’a aucunement effleuré l’esprit alors que je sautais derrière le volant et repliais le toit. Pourquoi y penser? J’ai confiance en la Série 8.

Mais attendez. Cette voiture est un cabriolet. Selon BMW, elle est plus lourde de 117 kilos ce qui donne un massif total de 2149 kilos. Une bonne partie de ce poids est réparti en hauteur sur le châssis. Plus de poids et un centre de gravité plus élevé ont sûrement gâché la voiture ou amoindri ses capacités, n’est-ce pas? Je vous répondrai que pas nécessairement. C’est moins que le poids de deux passagers. Cette différence est imperceptible dans une voiture de route, même dans la plus légère. Les données de la Vbox pourront nous renseigner sur ce sujet après les essais dans quelques mois, mais la différence ne sera pas énorme.

Cela a d’ailleurs peu d’importance. Même si le cabriolet se manœuvrait un peu moins bien que le coupé ou s’il était légèrement plus lent, cette différence distinguerait seulement un modèle remarquable d’un modèle exceptionnel. Oui, la Série 8 est une voiture large et lourde, mais sa conduite, elle, n’en est pas affectée. Attribuez cela à un système actif en particulier ou à la combinaison de systèmes de votre choix : direction arrière, barres stabilisatrices actives, amortisseurs actifs, différentiel actif ou traction intégrale déséquilibrée vers l’arrière. Le grand miracle de la technologie automobile moderne est qu’à l’aide des nombreux systèmes informatiques et des actionneurs, une voiture de grande dimension peut se conduire comme si elle était plus petite. Si ce n’était de sa largeur, vous diriez que le cabriolet Série 8 se conduit de la même façon qu’un cabriolet Série 4.

Alors non, je n’y ai pas pensé deux fois avant de positionner le levier de commande à Sport et d’appuyer sur les boutons de sélection du mode de conduite jusqu’à ce que « Sport Plus » soit affiché. Je ne me suis pas préoccupé non plus pour savoir si la puissance de la voiture était disproportionnée par rapport à la qualité de la route ni si la combinaison des lois de la physique et du nombre de chevaux m’attirerait des ennuis. Je connais l’excellente adhérence de la Série 8. Je sais que si une tempête éclatait soudain et inondait les routes, la Série 8 conserverait une excellente adhérence. La direction est ferme et réactive, elle ne vous forcera jamais à déplacer vos mains sur le volant en dehors d’un stationnement. S’il arrivait qu’une bonne sœur déambule sur la route en transportant une boîte remplie de chatons, cette voiture a le calme et les réflexes pour les éviter en toute sécurité. Et si au beau milieu de cette manœuvre, une autre religieuse laissait tomber un contenant rempli d’huile en plein devant moi sur la chaussée, la Série 8 déraperait avec autant de précision que la ressemblance entre Jonny Lieberman et Ken Block s’il était un peu plus barbu – à la condition que vous désactiviez tous les systèmes de sécurité, ce qui n’est recommandé à personne sur la voie publique.

 

Ce à quoi je pensais, c’était le temps idéal pour la conduite d’un cabriolet. La journée était chaude, mais non torride. Une brise fraîche soufflait, le soleil était radieux sans que l’indice UV soit trop élevé. J’ai pensé au son émis par le vrombissement du dernier moteur de BMW, un V8 turbocompressé de 4,4 litres qui est une solution ingénieuse. Chacun des turbos est alimenté par deux cylindres de chaque rangée plutôt que par les quatre de la même rangée, ce qui conserve l’espacement sonore des pulsations d’échappement. Mercedes souhaite que son moteur V8 de 4,0 litres à turbocompresseur double ait ce genre de caractère dans la note d’échappement. J’ai songé à quel point j’avais l’air enfantin de m’amuser au son des pétarades programmées à la retenue du moteur, mais en fin de compte je m’en fichais. J’ai pensé que, même avec le déflecteur d’air arrière en place, il est encore possible de maintenir une conversation normale sur l’autoroute lorsque le toit est replié.

Je n’ai pas pensé à l’agitation de l’auvent puisque l’ingénierie moderne et les matériaux en ont fait un élément du passé. Je n’ai pas songé non plus à cette fois où j’ai essayé de rabattre la capote d’une Mercedes-Benz SL lorsque j’attendais à un feu rouge à Beverly Hills et que finalement, j’ai eu l’air d’un idiot à conduire avec un toit à moitié ouvert qui pointait vers le ciel après que le feu de circulation soit passé au vert. L’ingénierie moderne permet maintenant de rabattre le toit de la Série 8 en roulant à une vitesse inférieure à 50 kilomètres à l’heure. Je n’ai pas songé à l’affaiblissement des freins parce que les larges disques d’acier ne connaissent jamais de perte d’efficacité, pas même avec un surplus de 117 kilos.

Plus tard j’ai réalisé que l’espace nécessaire aux pièces du cabriolet provenait toujours des endroits qui ne pouvaient jamais se permettre d’en perdre. C’est dans la nature des choses. Les sièges arrière sont juste assez larges pour des adultes si ceux-ci et les passagers avant ont des jambes courtes, mais les passagers arrière auront les épaules comprimées contre les parois de l’habitacle. Le coffre est plutôt large pour un cabriolet, même si la moitié de la hauteur est occupée par le toit lorsqu’on le rabaisse – mais ce n’est rien comparativement à d’autres modèles décapotables. Malgré cela, mon bagage de cabine se range en dessous et il est possible de placer une autre valise ainsi que quelques sacs à dos ou sacs à main.

C’est la beauté de ce cabriolet sport de luxe. Vous n’avez aucun besoin de songer à quoi que ce soit. Vous pouvez emporter vos effets personnels si vous en avez besoin. Vous avez confiance que vos passagers ne l’accuseront pas d’être trop bruyant ou trop raide. Vous savez que vous n’avez aucun besoin de vous immobiliser pour ouvrir ou rabattre le toit. Vous savez que vous pouvez filer sur les routes de campagne sans préavis, il vous suffit d’appuyer sur un bouton. Vous n’avez rien à penser ou à planifier, vous n’avez qu’à prendre la route et modifier votre parcours selon vos envies.