Essais

Ford Mustang Mach-E 2021 : l’histoire du VUS électrique transformé en Mustang

Les raisons de ce changement

Les raisons de ce changement

Le débat va faire rage pendant un certain temps : le nouveau multisegment électrique de Ford a-t-il sa place dans la famille des Mustang? L’indignation suscitée par le fait que Chevrolet ait lié le nom Blazer à un VUS monté sur un châssis de voiture s’est largement dissipée et les puristes ont maintenant besoin d’un nouveau sujet sur lequel se scandaliser.

Dans les laboratoires de développement de Ford à Dearborn et à Detroit, l’évolution du Mach-E jusqu’à l’adoption du nom Mustang s’est déroulée presque naturellement, alors que ce n’était pas l’objectif au départ. Mais dans l’esprit des hauts dirigeants et des principaux ingénieurs, il n’y a pas sujet à discussion : le premier ajout à la famille Mustang en 55 ans est un pur-sang.

« J’ai toujours dit que la marque Mustang devrait être plus grande qu’elle ne l’est », a déclaré Moray Callum, vice-président du design chez Ford Motor Company. « Beaucoup de gens désirent posséder une Mustang. Voilà leur chance. Il répond à leurs besoins et a quand même le caractère d’une Mustang. »

Comment c’est arrivé?

Les rumeurs d’un nouveau véhicule électrique remontent à 2014, sous la direction de l’ancien PDG Mark Fields. Ford prévoyait de dépenser des milliards de dollars pour mettre un certain nombre de véhicules électriques en circulation. Depuis, les plans sont devenus plus ambitieux et le constructeur s’est engagé à dépenser plus, à augmenter le nombre de modèles électrifiés sur la nouvelle plateforme et à leur donner plus d’autonomie que ce qui était prévu avec les promesses et les plans initiaux.

 

Pour couronner le tout, on a eu droit à un véhicule dévoilé en grande pompe à Los Angeles avant le Salon de l’auto de cette ville, le Mustang Mach-E 2021. Les commandes ont commencé dimanche soir et à la fin de l’événement, au Jet Center, là où Tesla exerce certaines de ses activités, il y avait plus de 9000 personnes intéressées en Californie. Les clients effectuaient des dépôts au milieu de la nuit, y compris les 66 acheteurs potentiels à Oslo, en Norvège.

« Le cœur de l’entreprise est à l’essai ici », a déclaré le PDG Jim Hackett.

Le projet a vu le jour comme un multisegment à traction avant basé sur la Fusion et on le qualifiait de « véhicule de conformité » parce qu’il a été conçu pour respecter les règlements sur les émissions, réduisant ainsi l’empreinte carbone d’un constructeur automobile reconnu pour ses camions et ses VUS.

Ensuite, M. Fields a été renvoyé et M. Hackett, membre du conseil d’administration, a décroché le poste de PDG en 2017. L’ancien dirigeant de l’entreprise de meubles Steelcase ne s’y connaissait pas en voitures et ne faisait pas l’unanimité au siège social de Ford, mais il occupait son poste depuis seulement un mois environ quand il a torpillé le timide véhicule électrique qui prenait forme. Ford devait faire en sorte que son nouveau véhicule électrique se démarque et il fallait faire vite parce que le temps pressait et que le programme était déjà en cours.

Pour l’inspirer, Jim Farley, alors président de Ford sur les marchés mondiaux et admirateur bien connu de Mustang, a conseillé à l’équipe d’utiliser la marque comme source d’inspiration pour concevoir un multisegment plus captivant. Pour lui, ce geste contribue à sauver les coupés sport dans un avenir électrique en les redéfinissant.

« Le déclic s’est fait », a déclaré l’ingénieur en chef des programmes, Ron Heiser. Les concepteurs ont tout compris. L’équipe d’ingénierie a tout compris. « Nous savons comment concevoir une Mustang, mais maintenant, le truc est de le faire en tant que VUS multisegment électrique à batterie », a dit M. Heiser.

L’équipe disposait déjà d’une architecture électrique à batterie avec une autonomie cible de 480 km. Toutefois, le véhicule a pris un virage complet de 180 degrés, à commencer par le passage de la traction avant à la propulsion.

Elle a demandé l’aide de l’équipe responsable de la conduite et de la maniabilité de la Mustang. Et parce que la modification vers une propulsion et une maniabilité semblable à celle d’une Mustang s’est faite tard, le programme du Mach-E s’est servi du simulateur de course de Ford à Charlotte, en Caroline du Nord, pour certaines des premières phases de l’élaboration. Le véhicule a bénéficié d’experts tels que Dave Pericak, qui a contribué à la conception de la dernière Mustang et travaillé quelque temps comme directeur de Ford Performance à l’échelle mondiale. Il a été muté à un nouveau poste afin de pouvoir travailler sur cet important projet.

Officiellement, la nouvelle mission était de concevoir un VUS électrique inspiré de la Mustang, mais M. Heiser et son équipe ont rapidement laissé tomber le mot « inspiré » de leur mandat. « On l’a traité comme une Mustang », a-t-il dit à Motor Trend.

Lorsque la conception en est arrivée à un point où l’équipe a cru que le véhicule était suffisamment crédible pour porter l’emblème Mustang, l’équipe l’a fait examiner par la haute direction.

M. Pericak faisait partie de ceux dont Bill Ford, président exécutif du conseil d’administration, voulait absolument l’approbation avant que la voiture n’acquière le nom Mustang. M. Ford a eu son lot de Mustang personnelles depuis des années et n’a pas été facile à convaincre non plus. « Pour porter l’insigne, le véhicule devait ressembler à une Mustang, se conduire comme telle et avoir l’âme d’une Mustang », a-t-il dit. Il ne doit pas non plus remplacer la Mustang, mais agrandir la famille.

« Je n’étais pas convaincu au départ », a dit M. Pericak. Il avait testé le véhicule dans le simulateur de course et il n’était pas au niveau de conduite nécessaire. « C’était presque une Mustang, mais j’ai dit que ce n’en était pas une », a-t-il dit à un groupe de gens à l’air triste. Il a décrit les problèmes qu’il avait découverts. L’équipe a raidi la carrosserie, changé les coussinets et les ressorts, et a continué à s’ajuster.

Maintenant, il est « convaincu à 100 % que c’est une Mustang ».

À la fin de 2018, tout le monde était assez d’accord. M. Heiser était parmi ceux qui ont rencontré Bill Ford pour obtenir sa bénédiction et c’est devenu officiel : le Mach-E serait une Mustang. Il sera mis en vente à la fin de l’année 2020. Comme a dit M. Pericak : « Il y a encore des améliorations et des ajustements à effectuer, mais ce véhicule est une Mustang. Je le soutiens jusqu’au bout. »

« Avec chaque modification, du multisegment standard au VUS inspiré de la Mustang jusqu’à la dernière Mustang, l’enthousiasme au sein de l’équipe s’est accru », a déclaré M. Heiser. Tout comme la pression, « parce qu’il faut être à la hauteur de cet emblème ».

Le Mach-E à propulsion est équipé d’un gros moteur à l’essieu arrière et développe 255 chevaux et 306 lb-pi de couple avec la batterie de taille standard. L’ajout d’un petit moteur à l’avant lui donne une capacité de traction intégrale et la performance augmente à 255 chevaux et 417 lb-pi. De plus, selon l’équipe de Ford, le Mach-E de base à traction intégrale (aussi connu sous le nom de Mach-E4) passera plus rapidement de 0 à 100 km/h qu’un Porsche Macan de base.

En remplaçant le petit moteur à l’avant par un moteur aussi gros que celui à l’arrière, Ford crée deux types de performances différentes sur le GT. Sur ce véhicule, l’insigne GT remplace le cheval à l’arrière.

Le GT atteindra les 100 km/h en moins de quatre secondes et développera 459 chevaux et un couple de 612 lb-pi. Les dirigeants de Ford affirment qu’il accélérera plus rapidement que le Macan Turbo.

La deuxième variante, le GT Performance, atteindra 100 km/h en environ 3,5 secondes, dépassant alors la Porsche 911 GTS. Il comprend également un système d’amortissement MagneRide et une suspension adaptative.

Enfin, deux options de blocs de batterie existent. Le bloc de batterie plat standard devrait avoir une autonomie de 370 km avec la propulsion et de 340 km avec la traction intégrale. L’ajout d’un deuxième niveau de batteries à l’arrière du bloc (sous les sièges arrière) augmente l’autonomie à environ 480 km et ajoute un « x » à l’insigne. Comme le véhicule n’a pas encore reçu sa certification de l’EPA, les chiffres sont des estimations.