Comparaisons Essais

Comparaison du Ford Expedition 2019 et du GMC Yukon 2019

La théorie de l’évolution à l’œuvre

La théorie de l’évolution à l’œuvre

Lorsqu’on conduit le GMC Yukon et le Ford Expedition l’un après l’autre, Charles Darwin nous vient à l’esprit. Le naturaliste britannique a écrit L’Origine des espèces, l’ouvrage phare de la science de l’évolution. Darwin est mort quatre ans avant que Karl Benz ne construise son véhicule Patent Motorwagen et n’amorce le processus d’évolution mécanique qui donnerait naissance à des automobiles aussi diverses et fascinantes que les Bugatti Chiron et Volkswagen Golf, Ford F-150 et Jeep Wrangler, Tesla Model S et Chrysler Pacifica. Toutefois, s’il avait été là aujourd’hui, il aurait immédiatement saisi la différence principale entre le Yukon et l’Expedition.

Les VUS grand gabarit nord-américains appartiennent à un genre automobile unique. Ces grands véhicules familiaux, robustes et polyvalents sont bien adaptés à l’essence relativement bon marché et aux grands espaces qu’on trouve aux États-Unis et au Canada. Leurs bases mécaniques empruntées aux camionnettes – le châssis, la suspension, les freins, les groupes motopropulseurs, les architectures électriques, etc. – sont construites en grande quantité et sont donc peu coûteuses. Ils surmontent les mauvaises conditions routières et météorologiques avec la nonchalance joyeuse d’un chien de chasse bondissant hors d’une mare aux canards glacée. C’est pour cela qu’on leur pardonne leur manque d’ergonomie et leur comportement routier peu sophistiqué.

Cependant, les temps changent.

D’abord, ces engins sont peut-être joyeux, mais ils ne sont plus aussi abordables qu’ils l’étaient – les deux colosses en question ayant un prix de base d’environ 60 000 $. L’Expedition 2019 Limited à quatre roues motrices avec l’ensemble Texas Edition que nous avons mis à l’essai coûte près de 71 000 $ US. Néanmoins, ce montant nous permet d’obtenir le très utile ensemble d’aide au conducteur, qui comprend un régulateur de vitesse adaptatif, des feux de route automatiques, l’assistance au maintien de voie et un avertisseur de collision avant, ainsi que l’ensemble de remorquage service dur, des jantes de 22 pouces et les monogrammes « Texas Edition ».

Truffé d’options, notre Yukon SLT 2019 Édition Performance Graphite vaut un prix époustouflant de 74 790 $ US. Le volet graphite de l’ensemble saute aux yeux : tout, des jantes à la calandre en passant par les brancards de pavillon, est peint d’une couleur noire lustrée, mais il est possible de commander l’ensemble Édition Performance Graphite à 7495 $ avec des panneaux de carrosserie blancs ou gris foncé si vous n’aimez pas le look à la Darth Vader. Le volet performance, quant à lui, comprend une variante à 420 chevaux du polyvalent moteur V8 de 6,2 litres de GM et une suspension Magnetic Ride Control.

Le VUS grand gabarit de Ford vous en offre plus pour votre argent – littéralement. L’Expedition est plus long de 15,5 cm au total que le Yukon, et son empattement mesure 16,5 cm de plus. Le plus impressionnant, c’est que ces dimensions supérieures paraissent à peine dans son poids : sa carrosserie composée en grande partie d’aluminium, une caractéristique qu’il partage avec le F-150, fait en sorte que l’imposant véhicule Ford ne pèse même pas 30 kg de plus que le GMC de taille moindre. Bien que le moteur V6 EcoBoost de 3,5 litres à turbocompresseur double développant 375 chevaux de l’Expedition affiche un couple supérieur de 10 lb-pi à celui du gros V8 féroce du Yukon, le VUS de GMC est 12 % plus puissant et est donc plus rapide : il lui faut 5,8 secondes pour atteindre 100 km/h comparativement à 6,2 secondes pour un modèle d’Expedition testé précédemment et il franchit le quart de mille en 14,2 secondes à 158,2 km/h contre 14,8 secondes à 147,6 km/h pour l’Expedition.

Cependant, ces chiffres ne révèlent pas tout.

Ces deux engins coûtent le prix d’un VUS de luxe, mais seul l’un d’eux offre une expérience qui s’approche de celle d’un VUS de luxe. Il suffit de les conduire sur quelques kilomètres pour réaliser que le véhicule Ford est le plus haut de gamme, le plus raffiné, le plus… évolué des deux. Le Yukon, au contraire, donne l’impression d’être une camionnette vêtue d’un habit chic – ce qui n’est pas loin de la réalité. D’abord, pour enclencher une vitesse dans ce véhicule GMC, il faut agripper l’énorme levier sur colonne (tout droit sorti d’une camionnette Chevrolet) qui est situé derrière le volant gainé de cuir et s’engager dans un bras de fer contre celui-ci alors qu’il cliquette maladroitement d’un cran à l’autre. Une fois en mouvement, on est constamment conscient du pont rigide cahotant alors qu’il s’efforce de passer par-dessus les bosses de la route, et ce, malgré les amortisseurs Magnetic Ride Control.

Le pont arrière traditionnel se fait sentir d’autres façons aussi. Puisque le différentiel a besoin d’espace pour bouger de haut en bas, le plancher derrière la deuxième rangée du Yukon est surélevé. L’espace et le confort à la troisième rangée sont donc remarquablement médiocres pour un véhicule de cette taille, forçant les passagers plus grands à s’asseoir inconfortablement sur des sièges plats avec les genoux dans le menton. L’habitacle du Yukon est doté d’un grand nombre d’accessoires de luxe modernes – des garnitures en cuir, des réglages électriques, une interface d’infodivertissement numérique –, mais une fois qu’on dépasse l’avant de l’habitacle, on est forcé de constater qu’il s’agit simplement d’une façade, d’une mince couche de luxe recouvrant un intérieur qui est irrémédiablement désavantageux pour les passagers à l’arrière.

Au contraire, les caractéristiques haut de gamme du grand VUS Ford ne sont pas que superficielles. L’impressionnant moteur V6 turbocompressé et la carrosserie majoritairement en aluminium de l’Expedition sont importants, mais ce qui le distingue vraiment du Yukon est sa suspension arrière à roues indépendantes offrant un grand confort de roulement et sa commande de boîte de vitesses rotative qu’on peut contrôler du bout des doigts. Ces deux caractéristiques constituent à elles seules les évolutions qui catapultent l’Expedition hors du bassin génétique commun des camionnettes jusqu’à l’ordre supérieur des VUS à usage personnel. Il n’est pas seulement plus confortable et facile à conduire que le Yukon; la configuration plus compacte de sa suspension arrière à roues indépendantes fait aussi en sorte que les deuxième et troisième rangées sont plus spacieuses et agréables pour les passagers.

Il n’est toutefois pas parfait. La direction de l’Expedition donne l’impression d’être collante et lourde par rapport à celle du Yukon, qui est plus finement réglée, et la boîte de vitesses automatique à dix rapports ne change pas toujours de rapport aussi fluidement qu’elle le devrait. Même si le colosse de Ford offre une meilleure conduite et tenue de route que celui de GMC, le réglage des amortisseurs nécessite encore quelques améliorations, surtout en ce qui concerne le contrôle des mouvements secondaires de l’essieu arrière. Les bruits et les vibrations sont mieux atténués que dans le Yukon, mais les jantes et les pneus de 22 pouces peuvent tressauter sur les surfaces irrégulières.

Malgré ces critiques, l’Expedition s’impose comme le VUS grand gabarit nord-américain de référence. Il offre des niveaux de confort et de raffinement d’une modernité concurrentielle et un habitacle encore plus spacieux sans sacrifier la robustesse décontractée et la durabilité attrayante qui ont fait la renommée de cette catégorie. Même si l’ensemble Texas Edition de l’Expedition n’est pas donné, il rassemble une série de technologies qui ont de réels avantages pour le client.

En revanche, le Yukon SLT Édition Performance Graphite donne plutôt l’impression d’être une attrape de marketing qui ne vaut pas son prix. Sur la route, on s’y sent comme si on était un lutteur auditionnant pour le Ballet du Bolchoï, et le levier de vitesse digne d’un camion de travail détonne comme un casque de sécurité à une soirée chic. Bien sûr, le Yukon est construit sur une structure qui approche de la fin de sa durée de vie utile. Une nouvelle génération de VUS GM grand gabarit est prévue et parmi les améliorations possibles, on note une nouvelle architecture électrique qui permettra d’améliorer les fonctions d’aide au conducteur – y compris des interfaces de boîte de vitesses à commande électronique faciles à utiliser – et la disponibilité d’une suspension arrière à roues indépendantes.

Appelons cela l’évolution de l’espèce.