Essais Premières impressions

Premières impressions du Kia Niro 2017 : s’agit-il vraiment d’un multisegment?

Trying to take away a slice of the Prius’ sales

Trying to take away a slice of the Prius’ sales

Si l’on en croit l’une des plaques commémoratives, « Souvenez-vous d’Alamo! » furent les mots qu’auraient criés les soldats du général Sam Houston à l’armée mexicaine du général Antonio Lopez de Santa Anna au cours de la bataille de San Jacinto. Cependant, me promenant moi-même autour de Fort Alamo, je me disais que j’allais me souvenir de cette ville, San Antonio, pour une tout autre bataille dépareillée. D’un côté, Kia nous a amenés ici pour faire l’essai de son tout nouveau Niro hybride, capable d’atteindre une consommation de 4,7 litres sur route. De l’autre, c’est ici que se trouvent les sièges sociaux de Valero Energy, Tesoro Corporation et NuStar Energy, trois magnats du pétrole. Voilà ce que l’on appelle être encerclé par l’ennemi.

Ce n’est pas le cas du Niro, par contre. À ma grande surprise, le Texas, même s’il arrive au deuxième rang des marchés des camions aux États-Unis, est en fait le troisième marché en importance pour les véhicules hybrides. Certes, avec le bas prix de l’essence au pays de l’Oncle Sam, ça ne semble pas le moment idéal pour faire l’achat d’un véhicule hybride. Kia, de toute évidence, pense le contraire.

En décrivant son modèle comme un multisegment, la marque coréenne veut aussi intéresser les clients qui recherchent davantage d’utilité. Nous savons tous que les ventes de multisegments ne cessent d’augmenter, et ce qui explique en partie la popularité de ces véhicules réside dans leur position de conduite surélevée et leur habitacle carré, spacieux et très commode. Néanmoins, après avoir passé toute une journée au volant du Niro sur les routes de Texas Hill Country, la question qui me hantait était de savoir si ce véhicule pouvait ou non être considéré comme un multisegment. Le Niro n’est que 8,4 cm plus haut que la Hyundai Ioniq et présente la même garde au sol que cette dernière, avec qui il partage d’ailleurs sa plateforme. De plus, en ce qui concerne l’espace pour les passagers, le Niro ne détient qu’un léger avantage, offrant 2750 litres par rapport aux 2724 litres proposés par l’Ioniq. Bien que sa silhouette bicorps puisse l’aider à affirmer son identité de multisegment, je suspecte que la plupart des gens le verront simplement comme une voiture à hayon surélevée.

2017 Kia Niro front three quarter

Ce design, utile ou non, demeure tout de même l’argument de vente principal de Kia : un véhicule hybride qui n’a pas l’air d’un hybride (ou le modèle déshybridisé). Des porte-à-faux courts, une ligne de toit allongée et une position large confèrent au Niro une allure qui se distingue franchement de celle des autres modèles hybrides. On a qu’à penser au style de la Prius, qui rebute d’ailleurs de nombreux acheteurs potentiels. C’est justement eux que Kia cible avec son nouveau multisegment. La marque ne s’est pas gênée pour dire qu’elle cherchait à prendre une part du gâteau de la Prius, et avec plus de puissance et un style plus attrayant que sa rivale, le Niro pourrait bien avoir droit à une grosse bouchée.

L’objectif du constructeur coréen était d’atteindre une consommation de carburant combinée de 4,7 L/100 km; or nous avons maintenant les chiffres officiels : le modèle de base FE affiche des cotes de 4,5/4,8/4,7 L/100 km (ville/route/combinée). Les versions LX et EX obtiennent 4,6/5,1/4,8 L/100 km et les versions Touring et Touring Launch livrent 5,1/5,9/5,5 L/100 km. Kia nous a mentionné que la différence de poids entre les modèles FE et Touring était la source de cette augmentation de la consommation. Par exemple, les versions Touring et Touring Launch sont équipées de jantes de 18 pouces en alliage, alors que les autres versions sont dotées de jantes de 16 pouces. Si vous ajoutez des sièges en cuir, une chaîne audio haut de gamme et d’autres équipements, le modèle Touring sera alourdi d’environ 77 kg par rapport au FE.

Chacune des versions offertes (toutes équipées d’une configuration à traction) a reçu le même moteur. Le moteur à quatre cylindres de 1,6 litre à injection directe de carburant, qui produit 104 chevaux, est jumelé à un moteur électrique de 43 chevaux pour une puissance combinée de 139 chevaux et 195 lb-pi de couple. Contrairement à la Prius qui a été munie d’une TVC plutôt molle, le Niro a eu droit à une boîte de vitesses à six rapports et double embrayage, mais ses changements de rapports semblent se faire assez rapidement et tout en douceur. Malgré son bloc de batterie de 1,56 kWh niché derrière la seconde rangée, les sièges arrière sont rabattables à plat, ce qui abaisse aussi le centre de gravité du véhicule et réduit les mouvements de roulis. Lorsque l’on règle le Niro en mode Sport, on remarque une totale transformation de la progression du papillon des gaz et de la réactivité du moteur. Les rapports sont également maintenus plus longtemps qu’en mode Eco, le seul autre mode proposé. Le passage du fonctionnement électrique au fonctionnement hybride se fait de manière fluide et on entend à peine le moteur s’activer lorsque l’on appuie fermement sur l’accélérateur. Le directeur des essais Kim Reynolds a déjà louangé le système de freinage à récupération d’énergie du Niro au cours de l’essai du prototype en sol coréen pour un article sur nos premières impressions. Le système s’est aussi démarqué lors de nos séances à San Antonio, ce qui en fait l’un des meilleurs du marché. Des points négatifs? Dans certaines situations, nous avons noté que les bruits de la route étaient plus importants qu’à l’accoutumée.

À l’intérieur de l’habitacle, nous sommes accueillis par un écran de 8 pouces qui fonctionne avec le système d’infodivertissement UVO3, lequel est compatible avec Apple CarPlay et Android Auto. Le système UVO3 mettait parfois du temps à réagir et les bips qu’il émet lorsque l’on y saisit des données deviennent vite lassants. À dire franchement, il bénéficierait beaucoup d’une amélioration de sa réactivité et d’une mise à jour de ses graphiques. Contrastant avec la teinte bleu ciel profond métallisé de notre Niro, des surpiqûres bleues rehaussaient les sièges, les panneaux de porte, la console intermédiaire et le levier de vitesse. Les bouches d’air présentaient aussi un cadre bleu qui rendait le tout encore plus attrayant. Nous n’avons essayé qu’un seul modèle, la version Touring, qui était équipé de sièges en cuir chauffants et ventilés à l’avant, d’une chaîne audio haut de gamme Harman Kardon à huit haut-parleurs, de deux ports USB, de trois prises de courant de 12 V (deux pour la première rangée et une à l’arrière) et d’un système de recharge pour téléphones intelligents. L’espace dans l’habitacle est suffisant; tous les passagers profitent d’un bon dégagement pour la tête et les sièges avant offrent assez d’espace pour les hanches et les épaules. À l’arrière, le journaliste de 1,80 mètre que je suis était en mesure de s’asseoir très confortablement, et ce, même après avoir réglé le siège du conducteur à la position qui me conviendrait.

Pour ce qui est de la sécurité, on trouve dans la version Touring un système de surveillance des angles morts, une alerte de franchissement involontaire de voie, un régulateur de vitesse intelligent, un système de freinage d’urgence autonome et un système d’aide au stationnement. Kia s’attend à ce que l’IIHS et la NHTSA décernent à son modèle les cotes les plus élevées en cas de collision.

Les prix officiels n’ont pas encore été annoncés, on nous a cependant laissés entendre qu’à son arrivée sur le marché, au cours du premier trimestre de 2017, le Niro affichera un prix de base sous la barre des 30 000 $ pour le modèle FE et avoisinant les 35 000 $ pour la version Touring entièrement équipée. C’est exactement ce dont le constructeur aura besoin s’il désire rivaliser avec la Prius, pour laquelle les enchères commencent à 29 379 $ et peuvent grimper jusqu’à 32 614 $.

Sam Houston et son armée n’étaient pas les favoris pour gagner la bataille de San Jacinto. Cependant, bien qu’ils étaient moins nombreux que les Mexicains, la connaissance du terrain et une stratégie bien ficelée leur ont permis de remporter la victoire. Kia a élaboré une stratégie solide, mais seul le temps nous dira si le Niro aura droit à sa part du marché des véhicules hybrides.