Essais Premières impressions

Premières impressions : Aston Martin Vanquish S 2018

Entretenir la rage

Entretenir la rage

Glissez-vous derrière le volant, savourez les riches effluves du cuir Bridge of Weir et insérez la clé décorée de cristal dans la fente du démarreur. Un vrombissement haut perché se fait alors entendre, comme un moteur d’avion à réaction qui grimpe dans les hauts régimes, puis une explosion soudaine, une percutante vague sonore rugissante qui fait vibrer les fenêtres et surprend les passants. Le moteur V12 de 5,9 litres à aspiration naturelle qui se cache sous le capot de l’Aston Martin Vanquish S 2018 a presque 20 ans et prendra bientôt sa retraite pour céder sa place au nouveau et impressionnant moulin biturbo à 12 cylindres du constructeur. Cependant, il ne partira pas doucement dans cette nuit tranquille.

C’est la même chose pour la Vanquish S d’ailleurs, la dernière des Aston Martin construites avec des composants qui datent de l’ère de la Vanquish originale lancée sous la propriété de Ford en 2001. La successeure de cette voiture – et toute une nouvelle famille de véhicules d’Aston Martin qui verront le jour au cours des cinq prochaines années – sera construite selon la toute nouvelle plateforme qui a fait ses débuts dans la DB11 de l’an dernier. La Vanquish S est dotée du vieil écran de navigation satellite, du groupe d’instruments illisible et d’autres défauts qui font partie de l’expérience Aston depuis les années Ford, cependant, n’allez pas croire qu’il s’agit là d’un autre anachronisme automobile résultant de l’excentricité britannique. Malgré ses failles, c’est une super GT hautement désirable, à la beauté époustouflante.

2018 Aston Martin Vanquish S front view in motion

Tout commence avec le moteur. Un système d’admission mis au point avec des collecteurs d’admission d’air d’un volume supérieur signifie qu’un plus grand débit d’air pénètre dans les chambres de combustion, la puissance s’en trouve ainsi accrue : 580 chevaux à 7000 tours par minute pour être précis, une augmentation de 15 chevaux par rapport à l’ancien engin. (Les versions britannique et européenne sont évaluées à 595 chevaux en raison de la disponibilité de carburant à indice d’octane plus élevé qu’en Amérique du Nord.) Le couple demeure inchangé et est toujours établi à 465 lb-pi à 5500 tours par minute. Cette puissance semble étonnamment anémique par rapport aux 600 chevaux et 516 lb-pi de couple produits par le V12 de 5,2 litres qui anime la populaire DB11. Toutefois, juger le moteur de la Vanquish S en se basant uniquement sur les chiffres serait un peu comme regarder un film de David Lynch sans le son, on manque un aspect élémentaire de l’œuvre.

La signature sonore du moteur de 5,9 litres laisse entendre un timbre complètement différent de celui du nouveau V12 d’Aston Martin, comme un grognement guttural peu commun plutôt qu’un puissant son de poitrine. Cette sonorité est amplifiée par les différences de puissance et de couple entre les deux. À l’instar de tous les autres moteurs V12 à aspiration naturelle, le moulin de 5,9 litres doit tourner pour donner sa pleine mesure (il atteint son couple maximal à 4000 tours par minute, plus haut dans la plage de régime que le moteur biturbo de 5,2 litres) et plus fort vous le poussez, plus la sonorité sera magnifiquement épique.

Aston Martin soutient que la Vanquish S peut atteindre une vitesse de 100 km/h en moins de 3,5 secondes et que sa vitesse de pointe est de 325 km/h. Elle donne l’impression d’être plus rapide que l’ancien modèle, c’est en partie grâce à sa boîte de vitesses automatique à huit rapports qui a été revue afin d’offrir une conduite plus douce et raffinée à basse vitesse, mais aussi des changements de rapport plus précis lorsque l’on ajoute un certain poids.

2018 Aston Martin Vanquish S rear three quarter in motion

Le gourou de la dynamique chez Aston Martin, Matt Becker, et son équipe ont aussi aiguisé la réponse du châssis. La raideur de tous les ressorts a été augmentée de 10 %. La barre stabilisatrice arrière a été renforcée de 3 %, ce qui, combiné aux canalisations mises au point dans le système de direction hydraulique, aide l’imposante Aston Martin à plonger dans les virages avec un empressement des plus étonnants. Point important à soulever cependant, la grande attention portée à la mise au point des amortisseurs signifie que le contrôle accru de la carrosserie ne s’est pas fait au détriment de la qualité de la conduite sur les routes présentant de légères imperfections. La Vanquish S semble fermement connectée à la route, mais ne paraît jamais brusque ou fragile, et ce, même lorsque les amortisseurs sont réglés en mode Sport.

Le remarquable équilibre et la belle assurance du châssis de la Vanquish S en font plus qu’une supervoiture que l’on pousse à fond dans les courbes, même sur des routes en lacets plutôt étroites. Actionnez les palettes de changement de rapport sur le volant pour maintenir le V12 au-delà de 3000 tours par minute et l’Aston Martin pourra être poussée entre les haies comme une petite voiture. Ici, ce qui aide, c’est son poids léger. À 1739 kilos, la Vanquish S et ses panneaux en fibre de carbone est un véritable poids plume aux côtés d’une Bentley Continental de plus de 2268 kilos. Les freins à matrice céramique, qui présentent des disques de 15,6 pouces à l’avant et de 14,2 pouces à l’arrière, y sont également pour quelque chose. Ces freins offrent une excellente sensation, que ce soit à grande vitesse ou, plus important encore, en milieu urbain.

L’actrice Kate Upton serait tout aussi jolie vêtue d’un vieux pantalon de jogging, cependant, pour conférer une allure sportive à la Vanquish standard sans compromettre son charme inné, un plus de travail a été nécessaire. Le constructeur affirme que le nouvel ensemble de caractéristiques aérodynamiques de la Vanquish S comprend un répartiteur d’air avant remodelé et un nouveau diffuseur arrière qui travaillent de concert pour réduire le soulèvement de l’essieu avant de plus de 72 % à grande vitesse. Les deux éléments sont reliés par une extension de bas de caisse qui s’étend au-delà de la roue arrière et s’enroule autour d’une paire de tuyaux d’échappement de large diamètre de chaque côté de la voiture. Les prises d’air sur le capot sont rehaussées de fibre de carbone et de nouvelles jantes de 20 pouces viennent compléter l’ensemble.

L’équipe de Marek Reichman, responsable du design chez le constructeur britannique, a créé sept configurations de design pour aider les clients un peu dépassés par la liste quasi infinie de possibilités de teintes de peinture et de cuir à faire un choix. Notre modèle d’essai affichait des éléments provenant d’une de ces configurations, dont la carrosserie bleu Ming décorée de bandes blanc Club Sport sur les éléments aérodynamiques, les garnitures en fibre de carbone au fini satiné à motif haché et le flamboyant matelassage Filograph Quilt rehaussé de surpiqûres qui s’étendent sur les sièges et le pavillon comme une toile d’araignée. L’habitacle était garni de cuir bleu foncé, plus pratique que celui tapissé de cuir ivoire qu’avait choisi M. Reichman, cependant.

La Vanquish S est la dernière de sa lignée. Sa toute nouvelle remplaçante est déjà en cours de conception au siège social d’Aston Martin et nous savons qu’elle sera plus puissante et plus avancée sur le plan technique que le modèle actuel. Elle sera aussi plus rapide, offrira une maniabilité améliorée et sera équipée d’une interface d’infodivertissement plus intuitive… elle aura probablement également droit à un système audio plus performant. Toutefois, pour l’instant, rien de tout cela n’a importance. Bien qu’elle commence à se faire vieille, la rugissante, superbe et agile Vanquish S 2018 grogne glorieusement contre l’évanescence du soleil.


Illustrée ci-dessous, la Vanquish S 2018 en version cabriolet Volante.