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Porsche Mission E Cross Turismo : chargement rapide, profil bas

Tesla, gare à toi!

Tesla, gare à toi!

Elon Musk devra se tenir sur ses gardes, il y a un nouveau shérif en ville et il ne badine pas avec les VUS électriques.

Le premier véhicule entièrement électrique de Porsche qui arrivera sur le marché à la fin de l’année 2019 ressemblera comme deux gouttes d’eau au concept Mission E Cross Turismo dévoilé au Salon international de l’automobile de Genève.

C’est la deuxième itération du concept Mission E de Porsche. La première, introduite en 2015, était une voiture sport pour quatre passagers munie de portes inversées qui promettait de faire mordre la poussière à Tesla avec ses 600 chevaux, 440 kW et son système de chargement à batteries au lithium-ion deux fois plus rapide de 800 V.

Depuis, Porsche a continué d’ajuster l’ingénierie et de finaliser le style de carrosserie et le design de la première Mission E dans l’attente de son dévoilement l’an prochain. Cela représente une part de l’investissement de 500 millions d’euros (l’équivalent de 800 millions de dollars canadiens) consacrée à la nouvelle plateforme électrique. Le Cross Turismo est un multisegment à profil bas robuste pouvant loger quatre passagers. Plus petit que la Panamera, il conserve la ligne de toit et les hanches typiques de Porsche. Le but : forger l’identité de ce véhicule électrique Porsche, nouvelle créature de la route, sans perdre l’ADN de la marque.

Puisqu’il sera offert partout dans le monde, l’Amérique du Nord aura sa part du gâteau… malgré cette tendance qu’ont les familiales stylées d’Europe à ne jamais traverser l’océan. La seule variation selon les régions sera dans le choix de couleur.

Michael Mauer, vice-président du design chez Porsche, nous a confirmé que deux prototypes ont été construits jusqu’à maintenant, tous deux de couleur gris clair métallisé. L’identité de la famille Mission E se devait d’être conservée : les capots plats, les ailes prononcées, le toit effilé ou « flyline » et l’épaulement arrière massif et sculpté. « Ces éléments sont partie intégrante de chacun de nos véhicules », affirme-t-il.

Certaines caractéristiques, comme la forme des phares, changent pour chaque modèle et, selon M. Mauer, les Mission E doivent rapidement pouvoir être identifiées comme véhicules électriques. Le défi était de trouver le bon dosage de différence. Il croit que c’est mission accomplie pour le Cross Turismo. Lors d’une entrevue exclusive avec Motor Trend avant le Salon de l’auto de Genève, il nous a confié que le modèle de série est en cours d’élaboration parallèlement au concept. En conséquence, ce que vous avez sous les yeux, vous pourrez l’avoir. Le nom « Cross Turismo » est encore sujet à changement.

Les phares du Cross Turismo sont rectangulaires, mais les coins, où se trouvent les ampoules, sont arrondis. On dirait que les phares flottent dans les prises d’air. Peter Varga, directeur du design extérieur, affirme que l’absence de calandre et la bouche d’air abaissée couleur caisse lui donne un nez étroit, preuve de l’engagement envers l’héritage de Porsche. À l’endroit où devraient se trouver les tuyaux d’échappement, on retrouve maintenant un diffuseur d’air.

Mais la véritable signature Mission E est la rampe lumineuse à l’arrière où « Porsche » s’illumine en blanc devant un arrière-plan de lignes bleues. Le « e » de l’écusson en verre rétroéclairé clignote lorsque le véhicule est en chargement. M. Mauer affirme que la légalité du lettrage illuminé sur les routes n’est toujours pas établie, mais il n’y a pas de loi contre une lettre qui clignote dans un garage ou une entrée pour faire savoir l’état de charge au propriétaire.

On est très loin du véhicule électrique ordinaire. Comme pour la première Mission E, le système de 440 kW fait ressentir sa puissance par deux moteurs électriques synchrones permanents et le véhicule passe de 0 à 100 km/h en moins de 3,5 secondes et de 0 à 200 km/h en moins de 12 secondes, en plus d’avoir une performance sur piste reproductible. Le véhicule électrique avec l’écusson Porsche fera donc honneur à l’héritage de performance de la marque.

On retrouve des deux côtés du véhicule des ports de chargement qui s’ouvrent au simple toucher. Le système de chargement de 800 V peut fonctionner par induction, par une station de chargement ou par le système de gestion énergétique résidentiel de Porsche, et en 15 minutes, il peut recharger suffisamment le véhicule pour qu’il ait une autonomie d’environ 400 km. Porsche investit plus d’un milliard de dollars dans les infrastructures de recharge. Membre du réseau de partenaires Ionity aux côtés d’autres constructeurs automobiles, la marque travaille en collaboration avec les concessionnaires afin d’établir un réseau de recharge rapide en Amérique du Nord et en Europe.

M. Mauer nous a affirmé que l’un des défis dans la conception des véhicules électriques est le centre de gravité abaissé et le plancher plein de batteries au lithium-ion avec des passagers assis juste au-dessus; une combinaison qui n’est pas favorable aux dimensions spectaculaires d’une voiture sport. Pour les VUS, c’est plus simple.

Ne vous laissez pas berner par son allure de Macan aplati ou son groupe motopropulseur électrique, nous ne sommes pas en présence d’une version allégée. Annoncé comme un véhicule de tous les jours, le Cross Turismo a un contrôle de châssis dynamique, un essieu arrière directeur, une traction intégrale avec un vecteur de couple à chaque roue et une suspension pneumatique qui relève la garde au sol de 5 cm. Il roule sur des jantes de 20 pouces chaussées de pneus 275/40R20.

M. Mauer a admis qu’il faut un peu de temps pour s’habituer à un véhicule sportif qui n’a pas de moteur ronronnant. Après s’être mis derrière le volant des prototypes, il en est venu à aimer cette expérience de performance et de dynamique silencieuse : « C’est comme conduire un jet. » Son garage de rêve hébergerait une 911 GT3 RS et une Mission E nous a-t-il confié, le sourire au coin des lèvres.

Le Cross Turismo mesure 495,0 cm de longueur, 198,9 cm de largeur et 142,0 cm de hauteur. Il est donc plus petit que la Panamera. Le toit panoramique va du pare-brise au hayon et est un vrai délice de design avec ses motifs en forme de diamant peints sur la vitre, motifs qu’on retrouve dans tout le véhicule, y compris sur les empiècements de porte rétroéclairés en cuir aniline et sur le plancher de l’aire de chargement en fibre de carbone.

Pour Ivo van Hulten, directeur du design intérieur, l’habitacle du premier concept Mission E représentait la vision de Porsche pour le futur. Il affirme que « cette version se rapproche de ce qu’on pourrait produire en masse », en ajoutant que 70 à 80 % de l’intérieur du concept est faisable à grande échelle.

Le groupe d’instrumentation courbé est incliné vers le conducteur afin de lui donner l’impression d’être dans un cockpit. Notons aussi le tableau de bord plus large que le volant, un clin d’œil aux 911 des années 60. Il n’y a pas de compte-tours, mais un logiciel de suivi du regard identifie sur lequel des trois affichages d’instrumentation le conducteur pose les yeux et le fait passer au premier plan. L’écran s’étend sur toute la planche de bord et donne accès aux applications, à la navigation et à d’autres fonctions.

S’inspirant de Tesla et de Mercedes, la distribution d’air électronique s’ajuste par le glissement de la bande d’écran en dessous de chacune des bouches d’air. La console intermédiaire surélevée ajoute à cette sensation d’être « emmitouflé » dans la voiture.

Le bouton de démarrage est activé par un écran tactile et est situé à gauche du volant, comme le veut la tradition Porsche. Celui du mode de conduite, dernier bastion des boutons traditionnels, est placé dans le volant. Derrière celui-ci, deux leviers servent à sélectionner les vitesses et à activer les clignotants.

Ceux qui sont habitués à la vaste gamme de boutons qu’on retrouve habituellement dans les Porsche remarqueront leur absence de ce modèle. Devant la ressemblance du système d’écran à celui de la Tesla Model 3, la direction de Porsche a voulu nous rassurer en précisant que son système est plus intuitif et ne demande pas une fouille approfondie des menus pour trouver les fonctions de base. M. van Hulten affirme que les boutons classiques sont plus appropriés pour les véhicules à moteur à combustion tandis que les véhicules électriques, eux, représentent un futur où les intérieurs sont minimalistes et dénués de tout bouton superflu. « Nous voulons que les gens sentent qu’ils sont à l’intérieur d’une Porsche électrique », ajoute-t-il.

Des accents Bleu nordique parsèment l’ensemble du véhicule : autour des bouches d’air, sur les commandes des glaces, sur les ceintures de sécurité, en éclairage d’ambiance et, bien sûr, sur les jantes hors du commun.

Les sièges de course baquets aux allures futuristes du véhicule de salon sont presque moulés dans la carrosserie. Toutefois, nous ne pourrons pas les retrouver dans le modèle de production. Les passagers des sièges arrière pourront charger leurs appareils sur le tapis de recharge sans fil.

 

Comme vous pourrez le voir sur la photo de l’aire de chargement, Porsche a maintenant un drone à son nom et, à la suggestion de M. van Hulten, il peut être utilisé pour voir les paysages à l’avant du véhicule ou pour filmer votre Porsche qui mord la route.

Le véhicule en entier à l’air d’une expérimentation de tunnel aérodynamique. C’est pour cette cause qu’on retrouve des prises d’air, des diffuseurs et des nervures de chaque côté du becquet qui permettent de diriger l’air.

« Nous avons essayé de trouver un équilibre entre la nouveauté et la tradition », affirme M. Mauer.

Il ajoute que la Mission E n’a pas comme seul but de se mesurer à Tesla : « Nous avons tellement confiance qu’on est prêt à clamer que la concurrence est absente. »Alors, est-ce que Tesla devrait s’inquiéter? « Le monde de l’automobile en entier devrait trembler. »

Le Cross Turismo sera le premier modèle Mission E, mais certainement pas le dernier. Après tout, il s’agit de Porsche. On peut s’attendre à une suite.