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Mettre des écrans ou non : le défi de concevoir l’intérieur des voitures sans conducteur

Occuper l’espace entre la maison, le travail et le jeu

Occuper l’espace entre la maison, le travail et le jeu

Quand un enfant de 12 ans est plus intéressé à son jouet électronique qu’à la nouvelle McLaren dévoilée derrière lui, ça en dit long. C’est ce qui est arrivé à David Muyres, de Yanfeng Automotive Interiors, qui croyait pouvoir donner à son fils la fièvre automobile en lui montrant une splendide nouvelle voiture exotique et tout l’engouement des gens qui la contemple.

Les concepteurs et les constructeurs doivent véritablement s’intéresser à ce que font les enfants de 12 ans, car ils formeront la clientèle cible quand les véhicules entièrement autonomes seront la norme en 2030.

« Si vous ne portez pas attention à la façon dont les gens dépensent leur argent, vous allez concevoir les mauvais produits », a affirmé le père, directeur général de la recherche et du développement avancé de Yanfeng, au cours d’une discussion de groupe à la WardsAuto Interiors Conference de Detroit.

De nos jours, alors que tout le monde développe des véhicules autonomes, chacun à sa propre idée d’à quoi ressemblera leur intérieur. Le terme le plus en vogue est le « troisième espace », c’est-à-dire l’endroit où l’on passe notre temps à voyager entre la maison et le travail ou les lieux de divertissements.

La plupart des véhicules sont seulement de niveau 1 ou 2 sur l’échelle d’autonomisation, ce qui signifie la présence de systèmes d’aide, mais la nécessité pour le conducteur de rester aux commandes. Selon le consensus, d’ici 2020, nous verrons le niveau 4, dans lequel l’humain est facultatif et le véhicule prend des décisions comme changer de voie, accélérer ou freiner dans un environnement contrôlé. Le niveau 5, celui dans lequel le véhicule sans volant ou pédales s’occupe entièrement de la conduite, sera sur le marché d’ici 2030. Selon M. Muyres, un sixième niveau fera même son apparition, celui du véhicule qui se conduit lui-même, sans passager.

Mercedes-Benz F 015 Luxury in Motion concept cabin

« Les véhicules autonomes ne sèment plus la controverse. Ils sont la nouvelle norme », soutient Carter Cannon, directeur de l’intégration fonctionnelle d’IAC Group. D’après ses dires, c’est une transition tout à fait naturelle étant donné que l’attention d’un conducteur est incroyablement basse, à 17 %, ce qui équivaut à laver la vaisselle.

Bien des idées ont été avancées concernant l’allure qu’auront ces véhicules autonomes. Comme l’autonomisation complète pourrait attendre une décennie, ces véhicules ont pour le moment toujours besoin de sièges conventionnels orientés vers l’avant, d’un volant, de pédales et de fenêtres. Toutefois, le nombre d’écrans et leur emplacement risquent de croître comme ce fut le cas pour les porte-gobelets, soit un offert à chaque passager et position.

Tesla offre l’écran large à l’avant. Le concept Nissan IDS transforme le tableau de bord entier en un écran qui s’étend sur toute la largeur de la voiture. Le concept Jeep Yunta pour la Chine déborde d’écrans et les fournisseurs enthousiastes montrent des écrans toujours plus gros et plus nombreux à intégrer aux véhicules du futur.

Nissan IDS Concept dashboard

Pour Ralph Gilles, chef du design à l’échelle mondiale pour Fiat Chrysler Automobiles, il s’agit d’un sujet délicat. Le défi est d’intégrer la technologie, mais aussi de conserver la tradition et le design émotif. C’est aussi de célébrer les avancées sans les laisser monopoliser l’intérieur et de contrôler l’affront que posent ces larges écrans qui jaillissent du tableau de bord.

M.Gilles n’est pas le seul. Il voit des répercussions de ce qu’il présente comme une maladie de l’écran. La nouvelle Audi TT réserve tous ses écrans et ses renseignements dans la zone des indicateurs devant le volant. Le reste du tableau de bord et la console sont d’une simplicité rafraîchissante et dépourvus de toute technologie et de tout dispositif de connectivité. La LexusLF de série a amélioré l’intégration des écrans par rapport à son concept.

« Est-ce le début d’un retour à la simplicité? », demande le chef du design. Il est toutefois conscient qu’il se mesure à la génération Y qui compte de nombreuses personnes qui ne désirent pas posséder de véhicule.

Cette génération veut utiliser son temps avec efficience et s’intéresse à la finalité et non à la conduite ou à une marque automobile particulière d’après Stefan Weissert, directeur de la division Car Multimedia (systèmes multimédias pour voitures) de Bosch en Amérique du Nord. Ils seront fidèles envers le constructeur qui leur offre une expérience, que ce soit par un bureau mobile ou par un endroit tranquille pour se reposer entre l’aéroport et l’hôtel.

Chrysler a fait appel à une équipe de la génération Y afin de concevoir le concept de minifourgonnette Portal présenté en janvier (illustré par l’image principale). Les portes sont des portails qui mènent à un intérieur profond au potentiel infini. M. Gilles décrit le concept comme un « couteau suisse pour votre vie ».

Chrysler Portal concept interior