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GAGNANTE DU PRIX DE LA MEILLEURE VOITURE POUR CONDUCTEUR 2016 : McLaren 570S

Bruce le tout-puissant

Bruce le tout-puissant

Au grand panthéon de la course automobile, il existe un nombre remarquablement restreint de gens qui ont construit des voitures de course et ont remporté des championnats avec leurs créations. Aucun d’entre eux, par contre, n’a connu autant de succès que Bruce McLaren. Lui-même vainqueur de championnat, il a fondé une écurie automobile qui s’est développée jusqu’à devenir l’une des équipes les plus couronnées en Formule 1 et a construit une voiture, véritable hommage à la route, qui allait devenir elle-même une légende à part entière : la McLaren F1.

En 2011, McLaren a effectué un retour à la route, mais sa voiture baptisée MP4-12C, un nom portant plutôt à confusion, a été accueillie assez froidement par le public. Certes, il s’agissait d’une vraie merveille technologique, mais elle était loin d’avoir le charisme d’une Ferrari. Elle a terminé en cinquième position de notre concours de la Meilleure voiture pour conducteur 2012, juste derrière la Subaru BRZ.

2016 McLaren 570S front three quarter

Qu’est-ce qui a changé dans les quatre années qui se sont écoulées depuis? Disons, tout ce qui compte. Il s’agit toujours du même design, mais chaque élément, de la suspension à la carrosserie en passant par le moteur V8 à turbocompresseur double, a été retravaillé avec soin pour créer ce que nous connaissons maintenant comme la 570S. Là où la 12C, la 650S, la 675LT et la P1 ont toutes repoussé les limites de la performance, aucune n’a réellement réussi à défaire la réputation de McLaren d’offrir davantage des ordinateurs que des voitures. Aucune, jusqu’à l’arrivée de la 570S.

Efficace successeure de la 12C, la 570S est moins puissante que sa grande sœur, mais plus légère et plus rapide à tous les égards. Elle atteint les 100 km/h et franchit le quart de mille un dixième de seconde plus rapidement que la 12C, roulant à 2,1 km/h de plus que son homologue au cours de ce dernier parcours. Dans les virages à régime stable, elle produit une accélération latérale de 0,02 g supérieure à celle de sa prédécesseure et tranche trois dixièmes de seconde au temps obtenu par sa parente à l’épreuve du huit. La distance de freinage est réduite de 2 mètres par rapport à sa devancière. La seule mesure pour laquelle la 12C conserve l’avantage, c’est son tour de piste sur le circuit de Laguna Seca… par quatre centièmes de seconde.

Comment? Randy Pobst nous explique. « On note un léger survirage à l’amorce de la courbe, ce qui m’a poussé à être plus prudent. Les entrées en virage étaient assez souples pour que je m’attarde au survirage et j’ai senti le besoin de me montrer un peu plus prudent, et je n’aime pas être un peu plus prudent quand je conduis. »

« Sous l’effet du freinage ou lorsque l’on relâche l’accélérateur, l’arrière de la voiture a tendance à vouloir glisser. Je pouvais sentir la masse à l’arrière qui menait la vie dure aux pneus, je devais manœuvrer le véhicule doucement, prendre les virages tout en douceur », ajoute-t-il.

Mis à part ce point négatif, Randy a trouvé beaucoup à aimer au volant de la 570S.

« Elle présente aussi l’un de mes comportements favoris. C’est une voiture à deux roues motrices qui transmet la puissance comme une voiture à quatre roues motrices. Elle offre une tenue de route incroyable. La puissance stabilise le véhicule comme il se doit. Si vous obtenez une légère rotation, donnez un peu de puissance et transférez le poids. McLaren a fait du bon travail avec la géométrie des amortisseurs et le différentiel [à glissement limité, activé par le freinage]. L’ensemble transmet la puissance avec brio. »

Il poursuit : « À un certain moment, le système s’est activé, entraînant un léger survirage causé par la puissance, c’était merveilleux. La voiture n’a presque pas eu besoin de correction. D’ailleurs, c’est une voiture qui ne requiert que très peu de commandes de la direction, car elle est assez neutre. La 570S semble plus naturelle que ses prédécesseures, plus mécanique que les autres McLaren que j’ai conduites. En fait, c’est ma préférée. »

C’est un comportement que Chris Walton a aussi apprécié sur la route. « La 570S n’a besoin que d’une seule commande de la direction par virage et l’ajustement de la trajectoire s’effectue plus aisément avec l’accélérateur. Vous voulez resserrer la trajectoire? Relâchez l’accélérateur. Vous voulez l’élargir un tantinet? Appuyez dessus », a-t-il expliqué.

Ce sur quoi Jason Cammisa était d’accord. « Si l’on mesure la performance selon le niveau d’obéissance d’une voiture à son conducteur, a-t-il dit, la 570S est grandement supérieure à toutes les autres voitures jamais essayées. »

Ce qui a cependant permis à la 570S de se distinguer véritablement de la masse de ses rivales tout aussi énergiques qu’elle, c’est cette connexion presque surnaturelle entre le conducteur et la machine que l’on ressent derrière le volant.

Frank Markus a fourni une explication à ce sujet. « Les freins, la direction et le moteur sont connectés de façon si naturelle. Lorsque j’appuie sur les freins à l’amorce d’un virage, je peux ressentir l’augmentation de l’adhérence à l’avant par le volant. De la même manière, je peux aussi sentir l’effet de décélération d’une rétrogradation par la pédale de frein lorsque je ralentis dans une courbe. »

Indubitablement en amour avec cette McLaren, Angus MacKenzie a livré un avis plus poétique que ceux de ses comparses. « On ne se sent pas seulement connecté au volant de la 570S. La délicatesse et l’intimité de la communication entre l’homme et la machine que l’on ressent sont telles que l’on a l’impression que la voiture est devenue un prolongement de nous-mêmes, de notre chair. »

C’est une voiture qui nous donne donc l’impression que toutes les routes sont familières. Le mot « télépathique » est apparu à de nombreuses reprises dans les notes des juges. « Vous savez exactement ce que fait la voiture et ce qu’elle compte faire par la suite », a expliqué Carlos Lago. Elle fait passer une vitesse de 160 km/h pour une vitesse de service au volant, vous sentirez votre rythme cardiaque augmenter, mais jamais vous n’aurez les paumes moites, car peu importe la vitesse à laquelle vous roulerez, vous pourrez toujours compter sur les freins pour vous ralentir en vue du prochain virage et sur l’agilité de la voiture pour accomplir aisément la tâche, et ce, même à deux fois la vitesse recommandée.

De plus, elle réalise le tout sans même avoir recours à la suspension active ou aux technologies améliorant l’aérodynamisme que McLaren veut mettre de l’avant. En revenant à la base, McLaren a construit sa voiture de route la plus stimulante à ce jour. Comme Carlos l’a mentionné, « les voitures précédentes étaient peut-être plus rapides, mais la 570S, avec ses composantes simples et bien conçues, est celle que nous préférons conduire. »

Selon notre estimation, elle représente l’essence même d’une voiture pour conducteur. La McLaren n’est peut-être pas la voiture la plus technologique offerte par le constructeur ni la plus rapide. Elle n’a pas besoin de l’être. Nous voulons la conduire davantage que n’importe laquelle de ses sœurs. La 570S veut vous pousser à filer sur votre route favorite plus vite qu’à l’accoutumée et à établir de meilleurs temps sur la piste – elle le veut autant que vous. Vous deviendrez vite accro à cette montée d’adrénaline que vous ressentirez chaque fois que vous roulerez un peu plus rapidement qu’à l’habitude dans un virage que vous croyiez pourtant avoir maîtrisé. « Au moment où vous démarrez, quelque chose de magique se produit. Vous ne faites qu’un avec la voiture », a expliqué Jason.


CITATION DES JUGES 1 :

« Je ne sais quelle sorcellerie se cache dans la suspension de cette voiture, mais je n’ai pas de mots pour expliquer à quel point elle fonctionne bien. » – Jason Cammisa

CITATION DES JUGES 2 :

« Vous obtenez 95 % de la performance de la McLaren P1 à 18 % du prix, ce qui équivaut à un rabais d’environ un million de dollars. C’est une bonne affaire. » – Chris Walton